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Histoire

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Huit siècles d’histoire à découvrir
 

Depuis le XIIIe siècle, le Château des Quat’Sos accompagne les grandes transformations politiques et militaires de l’Aquitaine. Édifié dans un contexte de rivalités entre les couronnes de France et d’Angleterre, il occupe une position stratégique au-dessus de la Garonne et connaît au fil des siècles sièges, conflits, changements de pouvoir, démantèlements partiels et transformations successives.
 

Son histoire reste aujourd’hui encore en cours d’étude. Les recherches menées autour du château, de ses archives, de son architecture et de son environnement permettent progressivement d’en préciser la chronologie et d’en renouveler la compréhension. Les éléments présentés ici constituent donc une synthèse de l’état actuel de nos connaissances.
 

Ce travail doit beaucoup aux recherches et aux contributions des différents historiens, chercheurs et passionnés qui ont étudié le Château des Quat’Sos et qui nous ont accompagnés dans cette démarche. Leurs travaux nous permettent aujourd’hui de mieux raconter les grandes étapes de son histoire, dont la frise ci-dessous présente quelques-uns des principaux repères.

La Réole, une place forte de Gascogne
 

L’histoire du Château des Quat’Sos est indissociable de celle de La Réole, de la Garonne et des rivalités entre les couronnes de France et d’Angleterre pour le contrôle de l’Aquitaine.
 

La ville se développe autour du prieuré bénédictin Saint-Pierre, fondé en 977, sur un plateau dominant la Garonne. Le fleuve constitue alors un axe majeur entre Bordeaux et l’intérieur de l’Aquitaine, tandis que le vallon du Charros protège naturellement l’ouest du site. Autour du monastère se forme progressivement un bourg commerçant puis fortifié. Le prieuré visible aujourd’hui est toutefois largement postérieur : détruit pendant les guerres de Religion en 1577, il est profondément reconstruit au XVIIIe siècle.
 

C’est à l’extrémité sud-ouest de cette ville, entre la Garonne et le Charros, que se développeront les premières fortifications du futur Château des Quat’Sos.

Le gisant de Richard Cœur de Lion (Abbaye de Fontevraud) (2).png

Richard Cœur de Lion et la première fortification
 

À la fin du XIIe siècle, sous la domination des Plantagenêts, une première fortification est établie sur le site du futur château. La tradition historique l’associe à Richard Cœur de Lion, roi d’Angleterre et duc d’Aquitaine, auquel est attribuée l’édification d’une première tour défensive à La Réole.
 

Richard séjourne à La Réole en 1190, alors qu’il prépare son départ pour la troisième croisade et cherche à pacifier ses possessions aquitaines. La tradition locale lui attribue également la construction du premier hôtel de ville de La Réole, composé d’une halle au rez-de-chaussée surmontée de la salle des jurats.
 

Cette première tour, parfois évoquée comme une turris regula, précède de plusieurs décennies le château du XIIIe siècle. Les travaux de Jacques Gardelles sur les fortifications de Gascogne constituent l’une des principales références pour comprendre cette première phase du site.

1224 : La Réole se tourne vers le roi de France
 

En 1224, alors que le pouvoir capétien étend son influence vers le sud et l’ouest du royaume, dans un contexte marqué à la fois par les luttes contre les Plantagenêts et par les dernières phases de la croisade contre les Albigeois, les Réolais se rallient au roi de France Louis VIII le Lion. En récompense de leur fidélité et compte tenu de l’importance stratégique de La Réole, ils obtiennent le privilège de renforcer la ville et d’établir une forteresse dans son angle sud-ouest.
 

En récompense de leur fidélité, le roi de France leur accorde le privilège de renforcer leur ville et d’établir une forteresse dans son angle sud-ouest.
 

La Réole représente alors un enjeu considérable. Située sur la Garonne, elle contrôle un axe essentiel entre Bordeaux, l’Agenais et l’intérieur de l’Aquitaine.
 

Cette fidélité française sera cependant de courte durée. La ville et son château vont, au cours des décennies suivantes, changer plusieurs fois de souveraineté.

1253-1254 : le grand siège et la reconstruction du château
 

L’un des épisodes les plus marquants de l’histoire des Quat’Sos se déroule en 1253-1254. La Gascogne traverse alors une période de profondes tensions politiques. À La Réole, les habitants se soulèvent contre l’autorité anglaise et sa garnison, dans un mouvement auquel le puissant prieuré bénédictin Saint-Pierre est étroitement associé.
 

La configuration des lieux joue un rôle décisif. À cette époque, l’église Saint-Pierre domine directement la forteresse. Lors de la révolte, les assaillants utilisent les parties hautes de l’église pour attaquer le château situé en contrebas. Les sources historiques évoquent notamment l’installation d’armes de jet sur les toits de l’édifice religieux, donnant aux insurgés un avantage considérable sur la garnison retranchée dans la forteresse. Cette attaque depuis Saint-Pierre est également mentionnée dans la présentation du patrimoine de la Ville de La Réole.
 

Face à la crise, Henri III d’Angleterre, roi d’Angleterre et duc d’Aquitaine, intervient personnellement en Gascogne afin de rétablir son autorité. Une lettre royale du 8 septembre 1253 est d’ailleurs datée du camp d’Henri III établi « hors de La Réole », témoignant directement de la présence du souverain devant la ville.
 

La reprise de La Réole entraîne une profonde transformation du site. En 1254, Henri III ordonne la reconstruction et le renforcement de la forteresse. L’église Saint-Pierre, dont la position avait permis d’attaquer le château, est elle-même modifiée : elle est raccourcie de deux travées. Une partie des matériaux provenant de ces transformations aurait alors été réemployée pour renforcer et rehausser la forteresse. Les différentes interprétations proposées par les historiens à propos de cet épisode sont notamment présentées dans cette étude historique de l’église Saint-Pierre.
 

Le rapport entre les deux édifices s’en trouve symboliquement inversé : avant le siège, l’église domine la forteresse ; après la reconstruction, le château s’élève au-dessus de la ville et affirme pleinement sa fonction militaire.
 

C’est également à partir de cette reconstruction que les Quat’Sos prennent progressivement la forme qui caractérisera durablement le château : un quadrilatère défendu par quatre puissantes tours d’angle. La Ville de La Réole situe cette reconstruction en 1254, tandis que la notice officielle des Monuments historiques décrit le château comme un quadrilatère flanqué d’une tour à chacun de ses angles.
 

Ces quatre tours sont traditionnellement associées à l’origine du nom « Quat’Sos », les « quatre sœurs » en gascon.

Les sources patrimoniales réolaises ont conservé plusieurs noms associés à ces tours : la Thomasse, la Gayne, le Plon et les Capperans. Leur attribution précise à chacun des quatre angles du château reste cependant incertaine. La Thomasse est identifiée au sud-ouest, tandis que les sources actuellement accessibles ne permettent pas d’établir avec certitude la position respective de la Gayne, du Plon et des Capperans.
 

L’origine même de ces appellations demeure également en partie mystérieuse. Quelques rapprochements linguistiques peuvent être envisagés : en gascon, capéran peut désigner un chapelain ou un homme d’Église, ce qui pourrait évoquer la proximité du prieuré Saint-Pierre ; plom signifie « plomb ». L’origine du nom Gayne reste quant à elle indéterminée. Ces interprétations doivent toutefois rester considérées comme des hypothèses tant qu’aucune source ancienne ne permet de les confirmer.

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Une architecture au rayonnement européen
 

La reconstruction du Château des Quat’Sos au milieu du XIIIe siècle s’inscrit dans une période de profond renouvellement de l’architecture militaire en Aquitaine. Les travaux consacrés aux châteaux de la Gascogne anglaise montrent alors le développement de forteresses plus régulières, aux enceintes puissantes et aux tours conçues pour assurer un meilleur flanquement.
 

Selon les recherches menées sur le monument par l’historien et archéologue du bâti David Souny, les maîtres d’œuvre ayant participé à la reconstruction des Quat’Sos pourraient avoir été des ingénieurs anglo-saxons spécialisés dans les fortifications et les techniques de siège, intervenant au service d’Henri III d’Angleterre. Certains auraient notamment pu participer au siège du château de Benauge en 1253, mené par le roi peu avant la reprise de La Réole. Cette attribution demeure toutefois une hypothèse de recherche, l’identité précise des architectes du château n’étant pas connue avec certitude.
 

Une seconde hypothèse, proposée par l’historien Guilhem Pépin dans le cadre des recherches consacrées aux Quat’Sos, concerne l’organisation même de la forteresse. Son plan quadrangulaire flanqué de quatre tours d’angle présente des similitudes avec le modèle que l’on qualifiera plus tard de « carré savoyard », dont le château d’Yverdon constitue l’un des exemples les plus célèbres.

Ces pistes illustrent surtout la circulation des ingénieurs, des savoir-faire et des principes de fortification dans l’Europe du XIIIe siècle. Les recherches sur les Quat’Sos se poursuivent aujourd’hui afin de mieux comprendre la place exacte qu’occupa la forteresse de La Réole dans cette évolution de l’architecture militaire médiévale.

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Une forteresse constamment disputée
 

Par sa position stratégique dominant la vallée de la Garonne, le château des Quat’Sos devient rapidement une place militaire de première importance.
 

Entre 1225 et 1442, la forteresse aurait connu huit sièges, au rythme des guerres, des changements d’alliance et des affrontements opposant les forces françaises aux Anglo-Gascons.
 

Ces conflits prennent une ampleur nouvelle au cours de la guerre de Cent Ans (1337-1453). La Réole et son château se retrouvent alors au cœur des rivalités entre les couronnes de France et d’Angleterre.
 

Au fil de cette histoire mouvementée, les Quat’Sos croisent la route de plusieurs grandes figures du Moyen Âge : Édouard de Woodstock, le Prince Noir, Charles de Valois, Robert d’Artois, Bertrand du Guesclin, ou encore le célèbre capitaine anglais Hugh Calveley.
 

Dans la vidéo ci-dessous, l’historien David Souny revient sur l’histoire du château, son rôle stratégique et les différents sièges qui ont marqué plusieurs siècles de son existence

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1324 : le siège rendu célèbre par Les Rois maudits
 

À la fin de l’été 1324, dans le contexte de la guerre de Saint-Sardos, les armées du roi de France envahissent la Guyenne anglaise et viennent, pour la cinquième fois, mettre le Château des Quat'Sos en état de siège.
 

Cet épisode est l’un des plus célèbres de l’histoire de La Réole. Il est notamment raconté par Maurice Druon dans sa grande fresque historique Les Rois maudits, qui retrace les crises dynastiques et politiques précédant la guerre de Cent Ans. Le siège de La Réole apparaît plus précisément dans le cinquième tome, La Louve de France.
 

Les troupes françaises y emploient alors une arme encore extrêmement nouvelle : des pièces d’artillerie à poudre, traditionnellement désignées sous le nom de « bouches à feu ». Le siège de La Réole est ainsi associé à l’une des premières utilisations de canons en Occident, épisode également rappelé dans la présentation historique du château par la Fondation du patrimoine.
 

Malgré la puissance de ses fortifications, la garnison finit par capituler. La tradition rapporte qu’à l’approche des vendanges, les Réolais auraient préféré préserver leur récolte plutôt que prolonger une résistance susceptible de compromettre une part essentielle de leur richesse.
 

Cette anecdote résume à elle seule une caractéristique souvent attribuée à la bourgeoisie réolaise médiévale : dans une cité marchande régulièrement disputée entre les rois de France et d’Angleterre, la fidélité politique devait parfois s’effacer devant les intérêts de la ville et de ses habitants.
 

Le récit de Maurice Druon a largement contribué à faire entrer ce siège dans l’imaginaire historique contemporain, reliant directement le Château des Quat'Sos à l’univers des Rois maudits et aux événements qui précèdent la guerre de Cent Ans.

Le siège de La Réole en 1345,
extrait des Chroniques d'Angleterre de Jean de Wavrin (XVe siècle)

Le Prince Noir à La Réole
 

L’histoire des Quat’Sos est aussi liée à Édouard de Woodstock (1330-1376), fils aîné du roi Édouard III d’Angleterre et plus connu sous le nom de « Prince Noir ». Prince de Galles puis prince d’Aquitaine, il est l’un des principaux chefs militaires anglais de la guerre de Cent Ans et fait de la Guyenne l’une des bases de ses grandes campagnes contre le royaume de France.
 

Sa présence à La Réole est documentée à deux moments majeurs. Le 2 décembre 1355, au retour de sa grande chevauchée qui l’avait conduit de la Garonne jusqu’au Languedoc et à Narbonne, le Prince arrive à La Réole et y réunit un conseil afin de dresser le bilan de la campagne et de préparer la suite des opérations.
 

Quelques mois plus tard, en juillet 1356, La Réole devient de nouveau un important point de rassemblement militaire avec 9000 soldats selon les chroniques de l'époque. Édouard quitte Bordeaux pour rejoindre son armée réunie dans la ville avant de prendre la direction de Bergerac puis du centre de la France. Cette campagne conduit quelques semaines plus tard à la célèbre bataille de Poitiers, le 19 septembre 1356, au cours de laquelle le roi de France Jean II est capturé.
 

Ces deux passages montrent l’importance stratégique de La Réole dans le dispositif anglo-gascon : protégée par ses fortifications et située sur la Garonne, la ville constituait à la fois une place militaire, un lieu de rassemblement et une étape entre Bordeaux et les territoires de l’intérieur. La tradition associe naturellement les séjours du Prince Noir au Château des Quat’Sos, principale forteresse de la ville, même si les sources actuellement connues permettent surtout d’établir avec certitude sa présence à La Réole plutôt que le bâtiment précis dans lequel il résida.

Chevauchées Prince Noir
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1442-1453 : le retour définitif dans le royaume de France
 

En 1442, le roi Charles VII engage une vaste offensive destinée à reprendre les places encore tenues par les Anglo-Gascons dans le Sud-Ouest. Après plusieurs succès, l’ost royal français marche sur La Réole, dont il pense pouvoir s’emparer rapidement.
 

La ville ne résiste effectivement que peu de temps. Assiégée au début du mois d’octobre, elle capitule quelques jours plus tard. Mais derrière ses murailles, le château des Quat’Sos refuse de se rendre. La forteresse, défendue par une garnison anglo-gasconne, transforme alors ce qui devait être une conquête rapide en un véritable siège. Le château tient encore près de deux mois après la chute de la ville et ne capitule que le 7 décembre 1442.
 

L’épisode est également marqué par le sort particulièrement difficile réservé aux habitants de La Réole. Les chroniques rapportent que la garnison du château leur aurait fermé les portes de la forteresse, les laissant sans refuge entre les deux camps. Hommes, femmes et enfants auraient ainsi été contraints d’errer et de subsister pendant de longues semaines dans les fossés et aux abords du château, pris au piège entre les assiégés et l’armée royale.
 

Lorsque la résistance prend finalement fin, Charles VII entend se montrer sévère envers une ville qui s’est à plusieurs reprises rangée du côté anglais. Les négociations permettent néanmoins d’éviter des représailles plus graves : les habitants sont finalement épargnés, mais doivent consentir d’importants tributs et contributions au roi de France.
 

La prise de La Réole et des Quat’Sos constitue ainsi une étape importante de la reconquête française de la Guyenne. Elle ne marque toutefois pas encore la disparition définitive de la présence anglaise dans la région.
 

Il faut attendre 1453, onze ans plus tard, pour que se joue le dernier grand acte militaire de la guerre de Cent Ans en Guyenne.

Le 17 juillet 1453, lors de la bataille de Castillon, l’armée française remporte une victoire décisive sur les forces anglaises. L’artillerie française, dirigée notamment par les frères Bureau, joue un rôle majeur dans la bataille, tandis que la mort du commandant anglais John Talbot contribue à précipiter l’effondrement de la domination anglaise en Guyenne.
 

La Bibliothèque nationale de France conserve notamment une représentation de la bataille de Castillon réalisée quelques décennies plus tard dans les Vigiles de Charles VII. Le Musée de l’Armée présente également la guerre de Cent Ans et les transformations militaires de cette période, notamment l’importance croissante de l’artillerie dans les dernières campagnes du conflit.
 

Après près de trois siècles durant lesquels La Réole avait vécu au rythme des rivalités entre les couronnes de France et d’Angleterre, la ville, son château et son prieuré entrent durablement dans le royaume de France.

Blason Rois de France
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Du château fort à la demeure
 

Après la fin de la guerre de Cent Ans et la disparition de la menace anglaise, le Château des Quat'Sos perd progressivement une grande partie de son importance militaire.
 

Au fil des siècles, la forteresse cesse d’être uniquement un ouvrage défensif et commence peu à peu à évoluer vers un lieu de résidence.
 

Un tournant majeur intervient en 1629. Par lettres patentes du 4 janvier, le roi Louis XIII ordonne le démantèlement d’une partie du château. Cette décision s’inscrit dans un contexte plus large d’affirmation de l’autorité royale et de réduction de certaines places fortes du royaume, politique menée sous Louis XIII avec son principal ministre, le cardinal Richelieu.
 

L’exécution de l’ordre royal est confiée en Guyenne à Jean-Louis de Nogaret de La Valette, duc d’Épernon, puissant gouverneur de la province. Il ordonne la démolition des murailles, tours et défenses situées du côté de la ville, ainsi que le comblement des fossés, tout en préservant les parties habitables du château. La garnison refusant dans un premier temps de se soumettre, le duc d’Épernon doit faire intervenir ses hommes pour prendre possession de la forteresse et permettre l’exécution des ordres du roi.
 

Le démantèlement de 1629, modifie profondément l’organisation défensive des Quat'Sos. Une partie des fortifications qui protégeaient autrefois le château du côté de la ville disparaît, tandis que les espaces résidentiels sont conservés.
 

La façade tournée vers la Garonne évolue progressivement elle aussi. De nouvelles fenêtres sont ouvertes dans les anciennes murailles et une galerie vient peu à peu transformer l’apparence austère de la forteresse.
 

Les Quat'Sos entament ainsi une nouvelle étape de leur histoire : de château fort, ils deviennent progressivement une demeure.

Carte Historique de la Réole, Gironde, Aquitaine
Façade Sud

1777 : Jean-Baptiste Ezemar devient propriétaire du château
 

Au XVIIIe siècle commence une nouvelle période de l’histoire du monument.
 

En 1777, Jean-Baptiste Ezemar acquiert le Château des Quat'Sos. Les transformations de l’ancienne forteresse se poursuivent avec l’aménagement de bâtiments résidentiels, le percement de grandes ouvertures, la création de jardins et l’installation d’une galerie donnant sur la Garonne.
 

C’est dans ce contexte qu’apparaît une famille qui laissera durablement son empreinte sur le château et sur La Réole : les Pirly.

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Les Pirly : de Saint-Domingue à La Réole
 

La famille Pirly est originaire du pays nantais.
 

Au début du XVIIIe siècle, certains de ses membres partent pour Saint-Domingue, alors importante colonie française des Caraïbes.
 

Martin Pirly, né en 1730, revient en France et s’installe progressivement à La Réole. Il épouse Marie de Birazel, issue d’une famille réolaise, et construit une position importante au sein de la bourgeoisie locale.
 

Grâce notamment aux revenus provenant de Saint-Domingue, il constitue un patrimoine composé de maisons, de métairies, de terres et de vignes.
 

En 1780, il est bourgeois prud’homme de La Réole, puis devient jurat avant d’intégrer le comité civil et militaire en 1789, au début de la Révolution française. À sa mort en 1800, il laisse à son fils un patrimoine foncier considérable.
 

L’histoire de cette famille a notamment fait l’objet de travaux de Valorisons le Patrimoine de La Réole et du Réolais, association dédiée à la recherche et à la transmission de l’histoire locale. VP2R – patrimoine historique de La Réole
 

Le souvenir des Pirly subsiste encore aujourd’hui dans la ville : la côte Pirly, qui longe les remparts du château en direction de l’église, porte toujours leur nom.

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Thomas Hubert Pirly : de l’Empire à la Restauration
 

Le fils de Martin, Thomas Hubert Pirly, naît en 1776.
 

Il épouse Jeanne Rosalie Ezemar, dont la famille est propriétaire des Quat'Sos, faisant ainsi entrer directement l’histoire des Pirly dans celle du château.
 

Thomas Hubert devient rapidement l’une des personnalités politiques importantes de La Réole.
 

Il entre au conseil municipal en 1804, devient sous-préfet en 1806, puis maire de La Réole en 1813. Son parcours accompagne les bouleversements considérables de la fin de l’Empire et du retour des Bourbons.
 

Lors de la Restauration, il se rallie aux Bourbons et retrouve ses fonctions de sous-préfet en 1814.

La période est particulièrement agitée. Après Waterloo et la chute définitive de Napoléon en 1815, La Réole est touchée par les affrontements politiques de la Terreur blanche.
 

Thomas Hubert s’oppose notamment aux célèbres frères Faucher, César et Constantin, deux officiers réolais restés fidèles à l’héritage révolutionnaire et impérial. Ils sont arrêtés puis fusillés en septembre 1815. Thomas Hubert témoignera contre eux lors de leur procès.
 

Il demeure sous-préfet jusqu’en 1830, puis devient conseiller général en 1838.
 

Un remarquable plan du château réalisé en 1813, alors propriété de Thomas Hubert Pirly, montre les Quat'Sos après leur transformation progressive : l’ancienne forteresse est désormais entourée de jardins et intégrée à une véritable propriété résidentielle.

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Buste de Louis-Philippe Ier
dans la Bibliothèque du château
(1773 - 1850)
(Règne 1830 -1848)

Des derniers Pirly à nos Jours
 

À la mort de Thomas Hubert en 1846, le château passe à son fils Alfred Guillaume Pirly, né en 1806.
 

Après une brève implication politique, celui-ci se détourne de la vie publique et se consacre davantage à la poésie et aux voyages.
 

Il demeure célibataire et vit aux Quat'Sos jusqu’à sa mort, en 1891.
 

Le domaine revient alors à sa sœur Marie Wilhemilne Coraly de Pirly, mariée à Henri Arthur de Cantalause.
 

Le château passe ensuite à leur descendance. Leur fille Jeanne de Cantalause épouse Amédée de Tauriac ; leur fille Marguerite de Tauriac hérite à son tour du château et épouse Émile Verdet en 1889.
 

Leur fils, Jean Gustave Verdet, épouse en 1921 Marthe Léridon, veuve du lieutenant de vaisseau Léon Viort. Commandant du sous-marin français Ariane (Q100), celui-ci ayant trouvé la mort le 19 juin 1917, lorsque son bâtiment fut torpillé au large du cap Bon, en Méditerranée. Il est déclaré Mort pour la France.
 

Georges Viort, fils de Léon Viort et de Marthe Léridon, embrasse à son tour une carrière dans la Marine. Officier de marine, il quitte ensuite le service actif et vient s’installer avec sa famille au Château des Quat'Sos.
 

Très attaché à La Réole et à son histoire, il s’investit également dans la vie locale. Il travaille au journal Sud Ouest, participe à la relance du Syndicat d’Initiative et contribue à l’obtention pour La Réole du label de « Ville verte ».
 

Son installation au château coïncide également avec une étape importante dans la reconnaissance des Quat’Sos par les Monuments historiques. Le château avait déjà été inscrit en 1947, mais sa protection est renforcée par l’arrêté du 9 novembre 1960 : la tour Thomasse, la tour sud-est, la tour nord-ouest ainsi que les courtines qui les relient sont alors classées au titre des Monuments historiques. Cette nouvelle protection accompagne la prise de conscience de l’importance historique et architecturale de la forteresse.
 

Georges Viort demeure très attaché aux Quat'Sos et à La Réole jusqu’à son décès, en 1983.
 

Le château continue ensuite d’être habité par son épouse, Raymonde Viort (1919-2020), qui y vit jusqu’à l’âge de 98 ans et s’éteint à l’âge remarquable de 101 ans.
 

Aujourd’hui, une nouvelle génération de la famille poursuit l’histoire du Château des Quat'Sos. Elle mène progressivement la restauration du domaine et approfondit les recherches sur son passé, avec l’envie de redonner vie au lieu et de pouvoir, à terme, l’ouvrir davantage au public.

Passeport d’Alfred Guillaume de 1850 Source  archives départementales de la Gironde. (2).p

Un château qui porte les traces de neuf siècles d’histoire
 

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Aujourd’hui, le Château des Quat'Sos conserve dans son architecture les traces de toutes ces périodes.
 

Sur les quatre grandes tours médiévales qui lui ont donné son nom, trois subsistent encore.
 

La majestueuse tour Thomasse, la tour sud-est, la tour nord-ouest et les courtines qui les relient bénéficient d’une protection particulière au titre des Monuments historiques. Le château est inscrit depuis 1947, tandis que ces éléments majeurs de la forteresse sont classés depuis 1960. Consulter la fiche officielle du Château des Quatre Sos – Ministère de la Culture
 

Les travaux de restauration entrepris au XXIe siècle permettent aujourd’hui de préserver et de redécouvrir ce patrimoine exceptionnel. Le projet a notamment bénéficié du soutien de la Fondation du patrimoine pour la restauration du Château des Quatre Sos.
 

La tour Thomasse, les courtines, la double enceinte méridionale, les ouvertures aménagées après la période militaire et les jardins témoignent successivement du château fort anglo-gascon, de la forteresse disputée pendant la guerre de Cent Ans, puis de la demeure résidentielle des siècles suivants.
 

Son histoire résume à elle seule une partie de celle de l’Aquitaine : Plantagenêts et Capétiens, rivalités franco-anglaises, commerce sur la Garonne, guerre de Cent Ans, monarchie française, Révolution, Empire et Restauration se sont succédé autour de ses murs.
 

Du haut de son promontoire, le Château des Quat'Sos continue ainsi de dominer La Réole, en Gironde, et la vallée de la Garonne, témoin de plus de huit siècles d’histoire.

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